Liberté de la presse au Maroc : Quand on atteint le fond, on creuse encore

Le classement mondial 2010 de la liberté de la presse de “Reporters sans frontières” a été publié aujourd’hui, et le verdict est sans appel : le Maroc est classé 135ème/178 pays, perdant 38 places en 4 ans (97ème en 2006), et 8 places par rapport à l’année dernière. Et comme d’habitude, on se retrouve derrière des pays comme le Burkina Faso (49e), la Guinée-Bissau (67e, récemment scène de plusieurs coups d’états), le Zimbabwe de Mugabe (123e), l’Algérie (133e) ou le Venezuela de Chavez  (133e).

Ce classement ne fait que confirmer la situation que vit la presse depuis deux ans : fermeture du Journal Hebdomadaire et de Nichane, poursuites judiciaires contre les directeurs d’Al Jarida al Oula, d’Al Michaal et d’Akhbar al Yaoum, interdiction de Telquel… Les harcèlements que subit la presse écrite ne se comptent plus. Les méthodes diffèrent mais ont toutes le même but : boycott publicitaire des plus gros annonceurs, amendes astronomiques, saisies, prison pour les directeurs de publication. Tout pour rappeler les heures les plus sombres de la liberté de la presse pendant les années de plomb.

Mais quand on parle de liberté de la presse au Maroc, on oublie souvent la presse audio-visuelle. Or, le Maroc est très en retard par rapport aux pays africains par exemple. Certes, le nombre de radios a sensiblement augmenté ces trois dernières années, mais le contenu n’a pas vraiment suivi. La plupart se contentent de diffuser de la musique à longueur de journée, avec quelques émissions de débat confinés à des sujets de société : mariage, divorce, éducation des enfants, santé, et j’en passe. Les bulletins d’informations nationales reprennent pour leur majorité les communiqués de la MAP, et s’aventurent rarement plus loin. Pour les débats politiques, vous pouvez toujours rêver. Ou regarder Hiwar de Mustapha Alaoui. Ah, les télés? Aucune télévision privée n’est autorisée. Passez votre chemin. Certains opérateurs avaient essayé de postuler pour des licences de télévision, mais aucune n’a été délivrée. Motif officiel : le marché publicitaire marocain n’est pas assez développé pour permettre à d’autres chaines de télévisions de s’installer au Maroc. Soit. Mais quelqu’un de la HACA pourrait nous expliquer comment font les 14 chaines TV privées du Kenya pour survivre?

Il ne faut pas chercher plus loin. Le Makhzen sait très bien que la télévision est de loin le média qui a le plus d’influence sur la population. Et il fera tout pour en garder le contrôle. Zappez, il n’y a rien à voir.

9 thoughts to “Liberté de la presse au Maroc : Quand on atteint le fond, on creuse encore”

  1. Dommage, vraiment ! On s’était tellement vanté de notre rang de 2006.
    Quid du statut avancé avec l’Europe, de la démocratie, …
    Je me demande pourquoi le Net n’arrive pas à combler ce vide

  2. C’est pas une surprise. Lisez la constitution, vous comprendrez que le Maroc s’oppose activement

  3. Être classé après le Zimbabwe de Robert(123e) et le Venezuela de Hugo(133e) c’est ça qui fait le plus mal!!

  4. @Mounir : Prise en Tanzanie 🙂 Mais j’ai déja vu des télés enfermées dans les cafés marocains 😀

  5. Ah ah ah mais le classement ne dit pas que dans les provinces françaises, pour ne citer que ce que je connais, la liberté de la presse c’est du pipeau. Plus on est pauvre et rural plus on prend des risques quand on l’ouvre: ça c’est une réalité.

    Sans rire, un blog comme le votre ou celui de Mounir est susceptible de se faire interdire au Maroc?

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